Les objectifs

Les vestiges matériels que nous a laissés l’Afrique Noire ne sont pas des empreintes inertes du passé. Ils ne sont pas davantage de simples objets offerts à notre contemplation : ce sont les témoins de la richesse et de la diversité des cultures traditionnelles ; ils en écrivent l’histoire, exaltent les vertus de ceux qui nous ont précédés, consolident le sentiment de la Nation : ils constituent un substrat indispensable à l’unité et la cohésion des peuples, car de tous temps l’Histoire a eu les yeux tournés vers l’avenir. 

Un musée sur le sol africain ne doit pas être conçu comme une simple attraction pour les curieux, même si toutes les conditions doivent être réunies pour que le visiteur y passe un moment agréable et enrichissant. La visite d’un musée doit être d'abord un moment de plaisir, et le MAHICAO est conçu pour que petits et grands, amateurs et néophytes, flâneurs ou curieux y trouvent leur compte.  Nonobstant, un musée en Afrique doit également  s’adresser aux populations locales auprès desquelles il remplit un rôle éducatif. Il doit leur permettre de mieux appréhender la richesse de leur culture, d’être fier de leur histoire et de leur traditions, de respecter leur patrimoine, et par voie de conséquence, d’en prendre soin et de le protéger. André Malraux évoquait, à propos du premier Festival Mondial des Arts Nègres qui s’est tenu à Dakar en 1966, le « destin spirituel » de l’Afrique. C’est bien de cela qu’il s’agit, d’inscrire le passé historique de l’Afrique Noire dans le futur spirituel d'un continent en marche vers la Modernité.  Favoriser la notion de culture, c’est aussi resserrer les liens intercommunautaires dans une Afrique à forte prédominance ethnique, dans laquelle la notion d’État prime encore sur celle de Nation. Indirectement, le musée joue donc un rôle politique  et sociologique en affirmant le concept de citoyenneté et de solidarité à l'échelon national. A ces différents titres, les musées sont en Afrique Noire aussi indispensables que les écoles, car comme partout ailleurs ils sont des catalyseurs de l’esprit. Vous l'aurez compris, la visite du MAHICAO peut se décliner dans plusieurs modes de lecture  : ludique, artistique, culturel, symbolique, social, politique… Ainsi, nous espérons que chaque visiteur trouvera du plaisir à s'y promener au fil de son humeur, de ses sentiments, de ses aspirations.

J’ai choisi d’implanter mon musée au Sénégal, pays exemplaire par sa stabilité politique, son sens indéracinable de la démocratie, son ouverture d’esprit et sa tolérance religieuse. J’ai  choisi ensuite de m'installer dans le village de Djilor Djidiack, dans la magnifique région des Îles du Saloum. Entre baobabs, palmiers-roniers et mangrove, le lieu est magique. Mais surtout, il se trouve être le village natal du président Léopold Sédar Senghor, et je ne pouvais rêver de lieu plus emblématique lorsqu'il s’agit d'art et de culture au Sénégal. 

Le Sénégal me convenait d'autant mieux qu'il me permettait de marquer ma rupture totale avec quarante années d'activité de marchand et d'expert en art africain à Paris. Car en effet il n'y a aucun commerce d'objets d'art anciens au Sénégal, l'un des rares pays de l'Afrique sub-saharienne dont le patrimoine culturel ne comporte ni masques, ni statues, ni objets archéologiques de fouille. L'expérience m'a enseigné que toute entreprise philanthrope trouve toujours des détracteurs. Les esprits jaloux et bornés étant universellement répandus et toujours prompts au dénigrement, il me fallait m'éloigner le plus possible des pays où le marché des antiquités est actif pour ne pas prêter le flanc à la critique fallacieuse de mener double jeu. Naturellement, j'ai obtenu les autorisations nécessaires de la part du ministère de la Culture avant de me lancer dans ce projet

Le MAHICAO se compose d’une salle peristyle autour d’un patio fleuri, d’une grande salle adjacente, d’une bibliothèque, d’un atelier de conservation et de restauration et enfin d’une grande remise. Le tout couvre une superficie de 550 m2, au milieu d’un parc arboré de près d’un hectare qui comprend également un restaurant, le Miam-Miam, ainsi qu'un lieu de prière pour les musulmans et une douche et des wc pour les chauffeurs-accompagnateurs.

La bibliothèque comporte des livres sur l’histoire de l’Afrique Noire, des livres sur l’art, des catalogues et de la documentation diverse. Les livres d’histoire et les livres d’art proviennent essentiellement de mon fond personnel auquel sont venus se rajouter de nombreux ouvrages qui m’ont été offerts par le musée Barbier-Mueller de Genève. Je dois aussi remercier les Editions De Gourcuff / Gradenigo pour les livres qu’ils m’ont offerts, tant sur l’art africain que sur l’art contemporain, l’architecture, la danse, la peinture, ouvrant ainsi de plus larges perspectives à celui qui désire se cultiver. Plusieurs rayonnages sont dévolus aux livres pour enfants et adolescents, principalement des bandes dessinées offertes par des maisons d’édition françaises parmi lesquelles Dargaud, Dupuis, Edisud, Fleurus Jeunesse, Le Lombard, Lucky Comics et Média Participation que je remercie pour leur générosité. L’idée est d’attirer graduellement les enfants vers la lecture, puis vers le musée, et enfin vers la culture.

L’intention du MAHICAO n’est pas de montrer une oeuvre de chaque ethnie :  on connait aujourd'hui les limites et les dangers du fractionnement en "ethnies" des populations africaines, la notion de tribu étant diamétralement opposée à celle de culture. Il s’agit plutôt de mettre l'accent sur l'habileté et le savoir-faire des artisans-artistes et d'éveiller les esprits à la diversité et de la richesse des cultures traditionnelles. Cela se fait à la fois à travers un parcours historique et des modules thématiques. Le MAHICAO offre une sorte de parcours initiatique sur l'art et la culture de l'Afrique de l'Ouest. Une visite dans l’onglet « Collections » de ce site en dira bien plus que tous les mots pour illustrer mon propos. 

La salle Jean-Paul Barbier Mueller expose en permanence les magnifiques photographies   de quarante chefs d’oeuvres de l’art africain provenant des collections du musée Barbier Mueller de Genève. Ces  photos nous ont été offertes par Jean-Paul Barbier qui  m’a connu « en culottes courtes » comme il s’amusait à le dire et qui m’a fait l’honneur de sa confiance et de son amitié depuis de si nombreuses années. Je ne saurais trop le remercier pour ce don et dire à quel point cet homme de coeur, érudit et mécène, (le parfait « honnête homme » du XVII° siècle) a œuvré  pour la reconnaissance des cultures africaines, bien au-delà des objets d’art qu’elles ont produites. J’invite tout curieux ou amateur à visiter le site Internet du musée Barbier Mueller pour y découvrir des merveilles issues de mains anonymes et provenant de "peuples sans écriture" des cinq continents. Sans nul doute, ne me serais-je jamais lancé dans cette belle et ruineuse aventure si je n'avais eu des précurseurs, Jean-Paul Barbier Mueller étant le premier en Europe à ouvrir la voie dès 1977.

En attendant de vous rendre à Djilor Djidiack dans la magnifique région des îles du Saloum, nous vous invitons à visiter une partie des collections sur ce site, sachant qu’il reste beaucoup de descriptions à compléter, ce n'est pas de la négligeance, toute chose bien faite prend du temps.


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